Publié par : rosemary | 29 Sep 2009

Événements

Depuis le début février, Chercher le courant, un  documentaire qui porte sur le projet hydro-électrique sur la rivière Romaine, fait des vagues dans plusieurs communautés du Québec. Mathieu Drouin, d’Alliance Romaine, nous en livre ses impressions.

Après avoir été visionné par des milliers de québécois dans des cinémathèques, universités et centres communautaires à travers la province (cliquez ici pour voir une liste), et avoir remporté le prix du meilleur documentaire au festival de film de Sept-Iles, Chercher le Courant a été diffusé pour une première fois à la télé le vendredi, 22 avril, à 18h30, sur le canal de Radio-Canada. Vous pouvez désormais télécharger le documentaire dans son ensemble en vous rendant sur www.tou.tv

Vous pouvez également consulter le site officiel de Chercher le Courant à http://www.chercherlecourant.com/

En entrant dans la petite salle de l’ONF, mes deux amis et moi avons de la difficulté à trouver trois places libres, l’une à côté de l’autre et nous devons nous séparer pour nous asseoir: 113 des 143 places sont occupées! Un succès pour un documentaire dont la seule publicité est le bouche à oreille… Le producteur, Denis McCready ne cache pas sa joie. 113 personnes! Et durant un jour de tempête, s’il-vous-plait! Après une brève introduction de Nicolas Boisclair, l’un des réalisateurs, Chercher le courant débute enfin.

Durant une heure vingt-cinq, on suit le parcours en canot de la petite équipe, partie à l’été 2008, pour filmer une dernière fois la majesté de La Romaine, l’une des dernières grandes rivières du Québec. Le beauté du paysage intouché des forêts d’épinettes, des cascades vives et des monts du bouclier canadien sert d’excuse pour exposer le grave problème qui est à l’origine de la création d’Alliance Romaine: faut-il harnacher une autre grande rivière pour augmenter la capacité de production d’Hydro-Québec? N’y aurait-il pas des alternatives plus modernes, plus vertes et plus responsables?

Tout au long du film, plusieurs intervenants fort crédibles remettent en cause le projet de complexe de quatre barrages hydro-électrique, actuellement en chantier sur La Romaine, dans la basse Côte-Nord. Luce Asselin, pdg de l’Agence de l’efficacité énergétique du Québec, Jean-Thomas Bernard Ph. D., professeur titulaire du département d’économie de l’Université Laval, Brendan O’Neill, du réseau de recherche sur les immeubles solaires de l’université Concordia, Réal Reid, chercheur retraité d’Hydro-Québec et bien d’autres nous présentent toutes les autres bonnes idées qui auraient pu être mises de l’avant au lieu de bloquer le flot d’une de nos dernières rivières et d’inonder au passage quelques 250 km² de forêts anciennes.

Ce que nous dénonçons depuis plusieurs années et que ce film met parfaitement en lumière, c’est l’entêtement d’Hydro-Québec et du gouvernement Charest à aller de l’avant avec un projet qui n’a de sens ni écologiquement, ni économiquement. Les coups réels du complexe de quatre barrages tournent autour de 10¢/kwH, alors que le prix actuel de l’électricité au Québec est de 5,8¢/kwH.  Le biogaz, la géothermie, l’énergie éolienne, l’énergie solaire, l’économie d’énergie, sont toutes des solutions à appliquer dès aujourd’hui pour que cesse la destruction d’écosystèmes vierges. La responsabilité d’Hydro-Québec est écologique autant qu’elle est économique!

Après son modeste début à l’ONF, Chercher le courant est maintenant diffusé au cinéma du Parc,  à Montréal. Nous ne saurions trop vous recommander de courir le voir. Des diffusions en région sont aussi prévues. Tenez-vous informés. Soyez prêts à passer à l’action!

À lire, à voir:

Harnachement de la rivière Romaine – Chercher le courant met à mal Hydro-Québec, Louis-Gilles Francoeur, Le Devoir, 12 février 2011

L’erreur électrique (L’actualité, 2 février)

Publié par : romaineriver | 9 Jan 2013

La Romaine: l’heure des décisions

ATELIER-CAUSERIE À L’UQAM, 15 JANVIER, 16h00

Après l’avènement d’un gouvernement péquiste, où en sommes-nous pour la protection de la Romaine et des autres rivières patrimoniales qui se voyaient menacer par des méga-projets hydroélectriques liés aux besoins du défunt Plan Nord? Joignez-vous pour une heure d’info et de discussion avec Christopher de Rivières Libres pour apprendre comment vous impliquer dans nos campagnes.

Publié par : rosemary | 23 Nov 2009

À nos marathoniennes et marathoniens téméraires!

Un très grand Merci! Le marathon n’aurait pas été possible sans nos coureurEs et marcheurEs. Dans l’ordre de leur participation:

Steve Leckman
Sam Rovnak
Christopher Scott
Steven Kaal
Nick Annejohn
Christopher Adlam
Rosemary Roberts
Rocky Decoursay
Soledad Delgado
Giroflée Arsenault
Geneviève Huchette
Simon Meloche
Courtney Kirkby
Rick Peyser
Stephane Gunner
Olivier Huard
David Tacium
Anita Tapia Roussiouk
Eby Heller
Lyne Taillefer
Sean Kropveld
Joey Leckman
Julien Leckman
Benoît Côté
Guillaume Internoscia
Clémentine Sallée
Stephanie Dimitrovas
Madeleine Combs

Merci milles fois, et que nos rivières continuent à suivre leurs cours librement!

Publié par : rosemary | 5 Nov 2009

La dimension du choix

 

chrisscott

Organisateur audacieux et marathonien infatigable Chris Scott ou bout de la route: la rivière Romaine

(Le 1er novembre) On dit que le voyage le plus long débute – et finit – avec un seul pas. Au cours des six semaines, et des plus de 15 000 kilomètres que nous avons parcouru dans le cadre du marathon « Courons pour nos rivières », le concept des fins est demeuré, dans l’ensemble, abstrait. Nous réalisions qu’il y avait un but à atteindre et un message devant être transmis, mais nous n’avions pas vraiment intériorisé le fait qu’un matin nous ne nous lèverions plus pour assister les coureurs et qu’un jour nous atteindrions inévitablement le dernier tour, le dernier kilomètre, le dernier pas.

 

Il est juste de dire qu’au cours des six semaines de notre odyssée l’importance de l’événement s’est imposée à nous. L’une des choses dont je me souviens de la course de mon propre marathon est le sentiment de facilité avec laquelle on pouvait abandonner. Lorsque l’on est tout seul sur une route de campagne avec seulement un conducteur et une petite équipe derrière nous, il semble très tentant de s’abandonner à la douleur aigüe qui commence à nous ronger après le kilomètre, disons, trente cinq. Et si l’on continue malgré cette tentation, c’est parce que l’on a conscience des gains, collectifs ou individuels, de l’enrichissement tangible de notre qualité de vie qui peuvent être obtenu en protégeant une portion des incroyables espaces sauvages de notre province. Et c’est aussi parce que l’on prend conscience que toute bataille politique, tel qu’un marathon, est longue et ardue, et que, comme pour le marathon, les qualités de vision, d’effort et d’implacabilité sont les plus sûrs garants du succès.

En tout, nous étions vingt-huit, coureurs ou marcheurs, femmes et hommes, athlètes de tous les milieux, à porter la lettre écrite par le chasseur Cree Roger Orr à travers la province de Québec. Et, en tant que l’un des organisateurs, il m’est incombé le lundi 19 octobre, le rôle de relayer le message pour la dernière étape à travers de la communauté Innu de Ekuanitshit, qui se tient à quelques kilomètres de la Romaine.

Je me souviens d’avoir tenu en équilibre le « bâton d’orateur » entre mes doigts en traversant les villes de Rivière-Saint-Jean et de Longue-Pointe, et d’avoir entrevu de temps en temps un Saint-Laurent aux allures de mer, avec ses grandes îles étalées à l’horizon. S’apercevoir qu’une marche de trente-deux kilomètres semblait à présent une courte distance était l’attestation de la distance que nous avions parcourue. J’ai marché pendant la plupart de l’après-midi et quelques étoiles brillaient au-dessus des arbres à feuilles persistantes lorsque j’ai fait le tour d’un virage sur la route et que j’ai aperçu les réverbères d’Ekuanitshit.

Je savais que je devais remettre le message à Rita Mestokosho, poètesse Innu et membre du conseil de bande, qui a passé la plupart de l’année dernière à se battre contre les barrages proposés le long de la Rivière Romaine, formant le cœur des terrains de chasse traditionnels d’Ekuanitshit. Mais je ne savais pas exactement où la maison de Rita se trouvait et c’est par un heureux hasard que, trébuchant dans la demi obscurité, en me demandant à qui je pouvais demander des indications, j’ai aperçu une mince silhouette nerveuse sur une véranda qu’il m’a semblé reconnaître d’une rencontre précédente comme étant Rita.

« J’ai tout de suite su que c’était vous » m’a-t-elle dit plus tard. Je suppose que de maigres hommes blancs à pied portant un bâton d’orateur n’entrent pas d’un pas maladroit dans Ekuanitshit tous les jours. Rita m’a assis devant une assiette de spaghetti et il m’a semblé qu’au cours des deux heures qui ont suivi nous avons parlé de tout et de rien. Rita revenait tout juste de la Suède où elle assistait au lancement d’une collection bilingue de sa poésie – en français et en suédois. Ce livre sur lequel figure quelques photos à couper le souffle est dédié à la Rivière Romaine. Nous avons parlé de la retraite des écrivains internationaux que Rita a accueillie en territoire Innu, dont les thèmes étaient la culture et la continuité mais également l’état de la politique locale depuis qu’Hydro-Québec a commencé l’inauguration de ses opérations à côté du site du barrage.

 

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Chris Scott avec Jean-Charles Piétacho, chef d'Ekuanitshit

Le jour suivant, Rita et moi-même avons transmis le message de Roger Orr au chef Ekuanitshit, Jean-Charles Piétacho, et ensuite, ayant passé quelques nuits dans une cabine près de la Romaine, Rita et sa sœur m’ont conduit sur le site afin de récupérer mes affaires.

 

Alors que Rita et moi-même posions pour une photo devant l’estuaire de la Romaine, je suis resté  immobile pendant un moment et ai essayé de faire le bilan de notre situation. Sans aucun doute, la Romaine est une rivière majestueuse, se vidant dans un Parc National qui est visité annuellement par des milliers de kayakistes et de touristes, acheminant l’eau depuis les hautes-terres du Labrador dans le Golfe du Saint-Laurent. Ses courants sont tour à tour cristallins et opaques, fréquemment impétueux, toujours riches en nutriments, et près à fournir du regain au voyageur achevant ici une longue route. En regardant les conifères autour de moi, grands, fiers de leurs pointes, s’élevant au-dessus des pierres lavées par les vagues, j’ai ressenti un sentiment d’accomplissement, pas simplement pour le chemin parcouru mais pour avoir réussi à rassembler autour de nous un réseau d’alliés précieux. Pratiquement tous les gens qui vivent sur la Côte-Nord ont une rivière favorite, ce que nous avons progressivement réalisé est que si nous permettons au gouvernement provincial de continuer à annoncer ses projets hydroélectriques une rivière à la fois, tôt ou tard nous nous retrouverons tous endeuillés.

La génération – ou les générations – qui ont couru ce marathon ont la chance de disposer d’un choix, en ce qu’ensemble nous avons suffisamment d’intelligence, de ressources et de combativité pour forcer ce gouvernement à reculer. Ensemble, nous pouvons concevoir des tactiques de pression afin d’insister pour qu’une portion des huit millions de dollars qui sont mal administrés avec le projet de la Romaine soient réaffectés vers des investissements dans la conservation énergétique et dans les énergies renouvelables. Nous pouvons obliger le Gouvernement Charest à publier une liste des rivières de la Côte-Nord qu’il a l’intention d’harnacher dans le cadre de son initiative de 8 000 mégawatts, et en faisant cela, nous pouvons sortir des salles de conseil le débat concernant la politique énergétique et l’amener dans la sphère publique où il appartient.

Faire cela ne sera pas facile et pourrait demander une détermination du type d’un marathon. Mais la récompense, pour nous et pour les générations futures, sera de vivre dans une province spectaculaire, avec des rivières sauvages, une pêcherie prospère, un standard de vie élevé, et une population qui sera consciente et fière de ce qu’elle a accompli.

Le futur, peut être le nôtre, et il mérite que nous y travaillons pour.

L’Alliance Romaine aimerait tous vous remercier pour tous les soins, le soutien et l’attention que vous nous avez fournis durant les six semaines du marathon. Nous vous promettons de vous tenir au courant des événements alors que nous nous préparons pour notre saison de campagne printanière, et nous vous promettons solennellement de vous prendre vos opinions en considération et de vous impliquer dans cette bataille jusqu’à ce que nos rivières reçoivent la protection qu’elles méritent!

Pour l’amour de nos rivières et de nos espaces sauvages!

Chris avec l’équipe de l’Alliance Romaine

Cliquez ici pour lire la lettre de Roger Orr

Publié par : rosemary | 22 Oct 2009

Vers la ligne d’arrivée

Steve Leckman, membre d'Alliance Romaine et marathonien pour la 2e fois, cours à travers la rivière Sheldrake

Steve Leckman, membre d'Alliance Romaine et marathonien pour la 2e fois, cours à travers la rivière Sheldrake

Lorsque nous avons débuté  notre marathon début septembre, il était encore important de s’inquiéter des potentiels coups de chaleur et nous pouvions, et nous avons, sauté  dans un lac afin de nous rafraîchir après une dure journée de course. L’autre jour, alors que je brisais le gel bloquant la fermeture éclair de ma tente afin de pouvoir me lever ce matin là, j’ai réalisé le nombre de kilomètres que nous avions couru et depuis combien de temps nous courrions. Un sentiment poignant accompagne toujours l’approche de la fin. Alors que notre trek débutait sa dernière semaine, nous avons fait face à un nouveau panel de défis, mais avons également obtenu de nouvelles récompenses.

En prenant le ferry du Relais Nordik entre Rimouski et Sept-Îles, je me souviens du trac que j’ai ressenti. J’étais convaincu que Sept-Îles, tout comme la plupart de la Côte Nord, était une communauté de cols bleus à 99% vendue au projet de la Romaine et en désirait davantage. Quel sorte d’impact, ou plus précisément de réception, aurions-nous là-bas? Pour sûr, le personnel cosmopolite et extraverti de l’auberge de jeunesse de Sept-Îles était favorable à notre message mais j’ai pris cela comme une exception. Cependant, au cours des quelques jours qui ont suivi, passés à parler aux médias, à rencontrer les candidats à la prochaine élection municipale et à accepter des lifts des locaux, j’ai réalisé que les opinions ici, tout comme ailleurs, étaient beaucoup plus nuancées.

Sans aucun doute, de nombreux résidents de la Côte Nord soutiennent le projet de la Romaine, mais maintenant que le site de construction est vraiment ouvert, il y a aussi la réalisation que les barrages ne représentent pas le remède économique qui avait été promis. Dans le village du Havre-Saint-Pierre, situé à vingt kilomètres de l’estuaire de la Romaine, de jeunes hommes ont abandonné l’industrie de la pêche pour aller travailler pour Hydro-Québec. Avec un afflux de travailleurs venant de l’extérieur de la communauté, le prix des loyers a atteint des sommets et la ville vit désormais les conséquences d’une sorte de syndrome hollandais, un boom rapide et asymétrique dont les retombées ne sont pas égales pour tous les secteurs de l’économie et qui pourrait, en fait, laisser Havre-Saint-Pierre plus dépourvu qu’auparavant une fois la construction du site de la Romaine terminée. De même, nombre de contrats d’approvisionnement qui étaient espérés n’ont pas été attribués aux compagnies de la Côte Nord, ce qui signifie de moindres retombées en termes de travails dans la région et que de nombreux locaux bénéficient moins du méga projet que ce qu’ils avaient espéré.

Comme groupe environnemental, Alliance Romaine a toujours argumenté que nos écosystèmes, incluant nos rivières, constituent un capital naturel et que plus de richesse pourrait découler, à long terme, de la préservation de nos rivières que de leur destruction. L’industrie de la pêche, qui est maintenant menacée, fut à une époque la raison d’être de communautés telles que Havre-Saint-Pierre, Rivière-au-Tonnerre et bien d’autres, et l’on peut être sûr que si plus de rivières sont harnachées la réserve d’oxygène et de nutriments du Golfe du Saint-Laurent se dégradera et que les chances pour les résidents de la Côte Nord de pouvoir vivre de la pêche de façon viable déclineront encore plus.

Cependant, même en laissant de côté l’économie, il existe une raison existentielle expliquant pourquoi de nombreux locaux sont réceptifs à notre message. Dans une ère où l’on peut décider dans quelle partie du monde vivre, un nombre significatif de résidents de la Côte Nord ont choisi de venir ici, ou, s’ils sont nés ici, de rester ou de revenir parce qu’ils aiment les paysages marins et les escarpements, les forêts et, oui, les rivières, qui donnent à cette région remarquable sont cachet. Chacune de ces personnes a sa propre histoire. Je pense à Michelle Depeyre, qui est née à Sept-Îles et qui a passé plusieurs années à Montréal avant de vivre une épiphanie alors qu’elle campait avec sa sœur et a ainsi décidé de vivre sa vie dans un petit village de la Côte Nord. Michelle est maintenant l’auteure d’un magnifique guide qui catalogue les principales cascades du Québec. Je pense au chasseur à l’orignal et à sa femme qui se sont arrêtés pour nous féliciter sur la route et au personnel de l’auberge de jeunesse de Sept-Îles qui nous a offert une nuit gratuite afin de soutenir notre cause.

Ayant traversé  la plupart de la province, nous pouvons honnêtement dire que l’accueil le plus chaleureux – que l’on a ressenti comme une sorte de retour au pays – nous a été réservé ici, sur la Côte Nord.

Des gens nous ont demandé  ce que nous ferions lorsque le marathon serait fini. Nous n’en sommes pas encore certains, mais ce que nous savons c’est que nous avons l’intention de revenir et de travailler – pour les dix prochaines années si nécessaire – avec les gens qui aiment et qui vivent dans cette région spectaculaire. La Romaine, la Moisie, la Magpie et la Sheldrake – sont des rivières pour lesquelles il vaut la peine de se battre – notre inspiration pour investir dans le long terme à compter d’aujourd’hui et pour finir par faire partie du paysage et des rives de la Côte Nord.

Pour l’équipe du marathon,

Chris, proche de Sept-Îles.

Coureuse et sympathisante passionnée d'Alliance Romaine, Clémentine Sallée, entre dans Trois-Pistoles

Coureuse et sympathisante passionnée d'Alliance Romaine, Clémentine Sallée, entre dans Trois-Pistoles

(Le 15 octobre) L’une des questions à laquelle nous, marathoniens, faisons régulièrement face – à la radio, dans des conversations privées et dans des réunions à la mairie – est : « Pensez-vous que vous pouvez gagner? ». « En admettant », nous disent-ils, « que vos arguments soient valides, le fait demeure que la Romaine est un projet de 8 milliards de dollars, que des travaux préliminaires ont déjà débuté, que des contrats de fourniture ont déjà été signés – pensez-vous vraiment que le gouvernement provincial et Hydro-Québec vont tout simplement jeter l’éponge? » Et chaque fois que nous tentons de répondre à cette question – légitime – nous nous retrouvons invariablement à mentionner l’exemple de Trois-Pistoles.

Située sur la Côte Sud du Saint-Laurent, entre Rivière-du-Loup et Rimouski, Trois-Pistoles est bien connue des québécois comme le site d’Écho-Fête, un rendez-vous environnemental et une foire de produits biologiques annuels qui se tiennent en juillet. Mais ce dont moins de gens sont conscients est le fait qu’Écho-Fête est née du dur labeur d’un groupe d’activistes locaux qui, à l’origine, s’est regroupé pour sauver la Rivière Trois-Pistoles, aux abords de la ville.

En 2002, le gouvernement du Parti Québécois a promu une politique publique de microcentrales hydro-électriques. Des entrepreneurs privés ont été encouragés à construire des barrages sur des petites rivières et à vendre l’énergie à Hydro-Québec; ce qui faisait partie d’une stratégie constituant le premier pas vers une privatisation graduelle et tactique de ce service public. Un entrepreneur basé à Montréal du nom de Jean-Marc Carpentier a alors signé un contrat pour produire 3.5 mégawatts de puissance sur la Rivière Trois-Pistoles. En terme de capacité génératrice ce n’étaient que des cacahuètes (en comparaison des 1 550 mégawatts qu’Hydro-Québec espèrent actuellement produire grâce aux quatre barrages sur la Romaine), mais cela était escompté servir de précédent idéologique au Parti Québécois, qui, tout comme les Libéraux qui leur ont succédé, voulaient à tous prix renverser les choix progressistes que le Québec avaient fait en 1962 lorsqu’il avait décidé de nationaliser la production et la distribution de l’électricité.

Mais, parce que Trois-Pistoles est une ville enracinée dans ses 300 ans d’histoire, et parce que les locaux demeurent attachés à leur rivière, avec ses cascades spectaculaires, l’opposition au projet de barrage s’avéra forte. Une coalition d’artistes et d’activistes connue sous le nom des « Amis de la rivière » ont tenu des manifestations et ont révélé des informations financières compromettantes liées au projet. En octobre 2002, Mikael Rioux, exploitant d’une entreprise touristique et activiste local, a grimpé dans un tablier de tente suspendu par un système de poulies au-dessus des cascades afin de bloquer les bulldozers qui commençaient déjà à dégager le site de construction. Pendant quarante jours Mikael est resté sur la plateforme, supportant la pluie, la grêle et la neige, galvanisant l’intérêt public et contribuant à une vague de pression qui força le gouvernement du Parti Québécois à déclarer un moratoire sur l’hydro-électricité privée.

Est-ce que le modèle de Trois-Pistoles pourrait, avec sa recette de soutien local, constituer une stratégie médiatique, une tactique imaginative, voire même une désobéissance civile fructueuse qui pourraient être appliquées afin de sauver les rivières de la Côte Nord telles que la Magpie, la Petite Mécatina ou la Romaine?

Dimanche dernier, nous sommes arrivés dans la ville de Trois-Pistoles en entretenant de grands espoirs, notre message étant porté par Clémentine, collaboratrice de l’Alliance Romaine et avocate activiste, qui a effectué son demi marathon, soit une distance de vingt-et-un kilomètres, en un impressionnant deux heures et trois minutes. Cet après-midi là, nous avons tenu un échange animé avec un groupe d’activistes et de citoyens intéressés dans le Café « Grains de folie ». Il en est ressorti que depuis sept ans, bien que la Rivière Trois-Pistoles ne soit pas encore harnachée, cette dernière est constamment menacée. Récemment, le gouvernement libéral de Jean Chrétien a adopté le programme de déréglementation du Parti Québécois, encourageant, non les promoteurs de projets privés, mais cette fois-ci, les municipalités à investir dans les microcentrales hydro-électriques. Cet automne, la municipalité régionale de comté à laquelle Trois-Pistole appartient va tenir des débats publics dans l’intention de relancer le projet de développement sur la Rivière Trois-Pistoles là où Jean-Marc Carpentier l’avait abandonné en 2002.

Plusieurs des activistes présents ont parlé de la fatigue qu’ils ressentent en devant opposer le même projet, sous différents angles, année après année, en travaillant tout le temps comme volontaire alors que les consultants municipaux et privés ont des budgets de relations publiques très importants en réserve. Ils ont mentionné le stress qu’occasionne le fait de vivre dans une communauté divisée, avec une partie de la population soutenant de façon enthousiaste un projet qu’ils perçoivent comme une forme de salut économique. Néanmoins, il était encourageant de ressentir la vibration et de remarquer la composition diverse en terme d’âge, de genre et d’expérience de l’assistance présente. Dans les mots de Mikael Rioux, l’idée derrière Écho-Fête était de proposer des projets, non simplement de les rejeter, et de montrer qu’il y existe des options viables pour promouvoir le développement économique régional autre que le harnachement des rivières.

Si la croissance et la popularité d’Écho-Fête au cours des sept dernières années en sont une indication, ces alternatives sont les garants du succès. Écho-Fête est maintenant une entreprise d’envergure, générant des revenus directs et attirant les dollars bienvenus des touristes à Trois-Pistoles.

Depuis 2002, Trois-Pistoles a gagné sa place sur la carte des communautés vertes et a inspiré  les québécois en donnant exemple d’une mobilisation citoyenne couronnée de succès. Mais il semble que face à l’idéologie hostile de la ville de Québec, la protection de nos rivières et de nos espèces sauvages vient au prix d’une vigilance constante.

C’est un message qui fait réfléchir mais c’est en même temps  un message galvanisant, que nous emporterons avec nous alors que nous nous aventurons plus à l’est.

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