Questions et réponses de la Romaine

Qu’est-ce la Romaine?

La rivière Romaine compte parmi les plus grandes et les plus sauvages rivières du Québec. Son débit trouve ses origines dans le paysage montagneux près la frontière avec le Labrador et se poursuit avec impétuosité sur une distance d’environ 500 kilomètres traversant la densité de la forêt boréale avant de se déverser dans l’Archipel-de-Mingan sur la côte Nord du fleuve St-Laurent.

Les étendues plus basses de la Romaine servent de zones de fraye pour le saumon atlantique menacé  alors que les nutriments portés par son écoulement jouent un rôle important dans la préservation de l’écosystème marin situé dans le Parc national l’Archipel-de-Mingan.

Dans la lumière du vaste développement hydroélectrique qui a lieu à travers d’autres régions du Québec, la Romaine s’agit de la dernière grande rivière absente de barrages dans la province qui est accessible par voie routière de Québec et Montréal. La rivière est reconnue par pagayeurs, scientifiques et zélés du plein-air comme étant un importante réserve de biodiversité ainsi qu’une vraie merveille naturelle.

Qu’est-ce qui menace la rivière Romaine?

Le printemps 2009 a marqué  le lancement d’un projet hydroélectrique sur la Romaine d’un montant de 8 milliards de dollars par le gouvernement libéral de Jean Charest. D’ici 2020, Hydro-Québec à l’intention de construire quatre grands barrages hydroélectriques ainsi que 500 caniveaux le long de la rivière pour une production totale de 1500MW. Les quatre barrages inonderont une partie de la forêt boréale à une superficie atteignant 278km².  De plus, l’équivalent de 227 kilomètres de nouvelles routes seront construites laissant la voie d’accès aux entreprises forestières et minières. À titre d’exemple, l’entreprise Medallion Resources Limitée compte exploiter la région pour ses ressources en fer et en titane. Enfin, malgré l’absence de permission de la part des communautés Innus plus de 500 kilomètres de lignes de transmissions seront installées.

Jean Charest désigne l’hydroélectricité « D’or Bleu ». L’ironie du sort sera que Maude Barlow et Tony Clark se sont servis de cette même expression comme titre de leur ouvrage sur le vol corporatif de l’eau de notre planète. L’hydroélectricité à cette échelle n’est pas une source d’énergie propre. Ce qui menace la rivière Romaine est une culture croissante de surconsommation.

Vers où cette énergie se dirige-t-elle?

Le porte-parole d’Hydro-Québec pour le projet, Benoît Gagnon, soutien que le projet est nécessaire pour répondre à la fois aux besoins énergétiques croissants du Québec à la fois aux demandes d’exportation en provenance de la Nouvelle-Angleterre, de New York ainsi que de l’Ontario. Dans le dessein de promouvoir l’hydroélectricité, le gouvernement Charest a récemment déclaré que l’énergie « verte » du Québec viendra remplacer les usines de charbons dans les marchés étrangers, réduisant par conséquent leurs émissions de gaz à effet de serre. Actuellement, plusieurs États américains ne qualifient pas l’hydroélectricité à grande échelle comme étant « vert » et cherche plutôt à mettre en place d’autres solutions, dont la conservation d’énergie.

Quelles sont nos alternatives aux barrages sur la Romaine?

Économisez des mégawatts. Sauvez la Romaine.

En parallèle à  un virement vers des sources d’énergies véritablement renouvelables, nous devrions viser davantage la conservation d’énergie ainsi que l’efficacité énergétique. Par le biais de stratégies énergétiques se fondant sur la conservation associée à un système d’imputabilité publique, nous serons en mesure de dégager une quantité d’électricité déjà existante au lieu de construire à grands coûts quatre barrages le long de la rivière Romaine.

Quelles mesures devrait-on inclure dans nos stratégies énergétiques se fondant sur la conservation?

Divers domaines d’amélioration sont prêts pour le part d’investissement que le gouvernement Charest met de côté pour le projet sur la Romaine. Actuellement, le chauffage et l’eau chaude occupe en moyenne 70% (50% et 20% respectivement) des besoins énergétiques d’un foyer moyen au Québec6. Les bâtisses de l’avenir seront mieux isolées pour minimiser les pertes thermiques, dotées d’installations géothermiques ainsi que de panneaux solaires thermiques en vue de réduire les besoins en courant électrique lorsqu’il s’agit du chauffage, l’eau chaude et la climatisation, orientées de façon à maximiser l’énergie passive du soleil et enfin, construites à moins forte intensité de ressources dans le dessein de réduire d’ensemble l’extraction, le transport et la transformation de celles-ci.  Notre liste de demandes comprend l’implémentation d’un système de subventions et de primes gouvernementales afin de soutenir le développement d’énergies renouvelables ce qui viendrait appuyer autonomisation énergétique des bâtisses.

Parallèlement aux bâtisses « vertes » de l’avenir dans les années qui viennent, les propriétaires déjà établis devraient bénéficier d’une exécution du chapitre E-1.1 de la liste des lois, règlements et codes administrés par la Régie du bâtiment du Québec1. Des investissements redirigés équivalents à ceux qui ont été prévus pour la Romaine permettront de mettre aux normes les bâtiments existants ainsi que de créer d’importants incitatifs à l’achat d’appareils électroménagers. De plus, un retour d’argent en échange pour la réduction de consommation d’énergie à la maison et au travail appuiera les Québécois vers la conservation.

L’éducation devrait jouer un rôle central  lorsqu’il s’agit des changements culturels que nous croyons nécessaires afin d’arriver à une meilleure conservation d’énergie au Québec. Il est essentiel que notre société dans son ensemble saisisse les montants d’électricité que nos styles de vie actuels requièrent.  Selon les Nations Unies, en 2006 notre province se trouvait au plus haut rang des consommateurs d’électricité dans le monde après l’Island.  Calculé par habitant, la consommation d’électricité a atteint 27 518 kwh en 2005 selon une étude de Ressources naturelles et Faune Québec. Globalement, les alumineries sont responsables pour un quart de la consommation d’électricité au Québec2. Allons-nous laisser cette tendance se poursuivre?

Les mesures devraient inclure l’installation de compteurs dans toutes les bâtisses dans un délai raisonnable. Certaines études démontrent que l’électricité consommée par un foyer entier peut diminuer jusqu’à 12%3. Récemment, le gouvernement ontarien a légiféré pour l’installation de « smart meters » dans tous les foyers d’ici 2010 à un coût approximatif de $250 l’unité4. Vue d’ensemble, nous devrions assurer que l’information liée à notre consommation d’énergie circule sans bornes à travers nos communautés –  tout comme l’eau de la rivière Romaine. L’Agence de l’efficacité énergétique – qui n’incluse pas les projets hydroélectriques d’envergure sur leur liste de sources d’énergie renouvelables – devrait jouer un plus grand rôle dans notre avenir éclairé.

Quoi des Premières Nations?

La rivière Romaine est centrale à l’économie et à l’identité de la première nation Innue. Malgré les politiques antérieures d’assimilation, de nombreux Innus maintiennent un style de vie semi-nomade se concentrant autour de la chasse au caribou d’hiver, de la pèche au saumon et de la récolte de plantes médicinales dans la région traversée par la Romaine.

Le territoire autour de la Romaine fait l’objet de négociations relatives à des revendications territoriales entre les Innus et le gouvernement canadien fédéral. Malheureusement, les projets de développement de grande envergure, qui altèrent la composition et les utilisations potentielles de la terre ont été mis en œuvre en passant outre aux objections innues, alors que la situation relative aux revendications territoriales a stagné. Eu égard aux précédents échecs juridiques dont ont souffert les communautés autochtones lors de la contestation des développements hydro-électriques sur leur territoire, les communautés innues affectées ont fréquemment, même si cela n’a pas toujours été le cas, choisi de signer les conventions d’indemnisation avec Hydro-Québec plutôt que de remettre en question leur bien-fondé directement en saisissant les tribunaux.

La Nation Innue consiste en 16 000 membres résidant dans des villages dispersés sur une large portion du Labrador et de l’est du Québec.

Le village de Ekuanitshit, situé à quelques kilomètres des bancs de la rivière Romaine, est le pays de Rita Mestokosho, une poétesse publiée et membre du conseil, fer de lance d’une campagne internationale visant à arrêter la construction des quatre barrages sur la Romaine.

Bien que Ekuanitshit ait récemment signé un accord d’indemnisation avec Hydro-Québec, la communauté innue de Uashat-Maliotenam située à côté de Sept-Îles s’est adressée à la cour du Québec afin d’obtenir une injonction visant à arrêter le projet en raison des dommages que les lignes de transmission connectant les barrages au réseau électrique pourraient causer à leur territoire : http..//www.radio-canada.ca/regions/est-quebec/2009/02/06/007/la-romaine.asp.

À Matimekush, près de Shefferville, les Innus locaux ont commencé avec succès une entreprise d’éco-tourisme connue sous le nom de « Aventures Ashini ». Cette entreprise offre des expéditions de camping et des tours d’interprétation culturelle le long de la spectaculaire rivière Georges qui est encore, à ce jour, non harnachée. Il est tentant de penser que si la Romaine était préservée, une initiative similaire pourrait être mise en place là-bas, offrant ainsi des emplois à long terme intéressants, nécessaires à Ekuanitshit et aux autres communautés innues adjacentes.

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