L’hydro-électricité est-elle verte?

« Les grands barrages rappelleront un jour ce temps ancien où les humains pensaient qu’ils pouvaient vaincre la nature et où ils se sont trouvés eux-mêmes vaincus à la place » Lelsie (2005) [notre traduction]

Le vert est une couleur controversée. La production de l’énergie, sous n’importe quelle forme que ce soit, n’est pas bonne pour la planète Terre. Ce que le gouvernement Charest et les autres supporteurs des larges projets hydro-électriques nous disent c’est que l’hydro-électricité n’est pas aussi nuisible que le charbon. Sans tenir compte de cette affirmation, les larges projets hydro-électriques de barrage comme ceux proposés pour la rivière Romaine ne sont pas verts.

Les barrages détruisent les rivières. À travers le monde, de nombreuses et larges rivières ont d’ores et déjà été harnachées ou leur cours a été détourné. En conséquence de ceci, les grandes rivières vierges telles que la Romaine sont considérées comme des espèces menacées (le Devoir, 2009). Dans le cas de la Romaine, les 500 kilomètres de rivière pourraient devenir une série de quatre réservoirs.

Les barrages génèrent des gaz à effet de serre. Lorsque des barrages sont construits au Québec, de larges portions de la forêt boréale sont alors inondées. En conséquence, la matière organique se décompose et libère du méthane et du carbone dioxyde. Il est estimé actuellement que les réservoirs canadiens contribuent à 12 % des émissions de gaz à effet de serre canadiennes totales (Rosenberg et autres, 1997).

Les barrages créent une contamination au mercure. Le mercure inorganique est présent dans nos sols. Ce mercure est présent depuis des milliers d’années en raison de l’activité volcanique et son niveau a augmenté plus récemment en raison de l’activité humaine. Conservé dans le sol, ce type de mercure pose relativement peu de dangers. Malheureusement, lorsque des portions du sol où il se concentre sont inondées et que les bactéries commencent à digérer les sols ainsi inondés, le mercure inorganique se change en méthyle mercure. Le méthyle mercure est une neurotoxine puissante. En conséquence de la création des réservoirs, le mercure se retrouve dans la chaîne alimentaire, contaminant le zoo plancton, les poissons, les oiseaux, les mammifères et les humains qui dépendent de l’écosystème des rivières. Après la construction d’un barrage, les poissons de ces rivières ne peuvent plus être consommés pendant une période pouvant aller jusqu’à 30 ans. Malgré les allégations selon lesquelles le méthyle mercure dans les réservoirs retournerait à un niveau normal après 30 ans, il devient évident que cela peut prendre plus longtemps et que la concentration de méthyle mercure ne sera jamais aussi basse qu’elle n’était avant la création d’un réservoir.

Les réservoirs causent une fragmentation de l’habitat. En raison des barrages construits par Hydro-Québec, 28 000 kilomètres carrés de la forêt boréale québécoise ont été inondés (site web de Hydro-Québec), une région d’environ la taille de Haïti. La rivière Romaine ajoutera 278 kilomètres carrés de terres inondées. En conséquence, les habitats pour les animaux sauvages vont être divisés. En sus de l’inondation, 227 kilomètres de nouvelles routes seront construits conduisant à un empiètement d’autres activités humaines telles que la foresterie ou les activités minières, et causant une fragmentation supplémentaire des habitats.

Les barrages génèrent une perte de la biodiversité. En raison de la fragmentation de l’habitat, la vie sauvage est moins capable de se reproduire et les populations en souffrent. Changer l’écosystème d’une rivière en un réservoir résulte aussi en une perte de la biodiversité puisque les espèces ne peuvent plus vivre dans leur nouvel habitat. De plus, cela cause un changement des écosystèmes océaniques. Le flux d’eau douce dans les océans est le facteur le plus influent affectant la vie marine dans les estuaires. Lorsque ce flux d’eau douce est altéré en raison des barrages hydro-électriques, des écosystèmes marins entiers en souffrent.

Les rivières sont des endroits spirituels. Elles constituent les artères et les veines de notre Terre. Lorsque nous transformons les rivières en réservoirs, nous perdons une connexion à notre Terre. C’est au travers de la conservation énergétique que nous pouvons protéger nos rivières sauvages. Jusqu’à ce que les gouvernements et les entreprises effectuent volontairement des pas favorables en ce sens, nous continuerons à exiger plus d’eux.

Nos demandes :

  1. L’arrêt du projet hydro-électrique sur la rivière Romaine, récemment initié.
  2. Un moratoire sur le développement des barrages hydro-électriques incluant la petite Mecatina.
  3. Un statut protégé accordé à l’ensemble de la rivière Romaine.
  4. Des négociations de bonne foi avec les Premières Nations quant aux titres fonciers.
  5. L’adoption de stratégies énergétiques se fondant sur la conservation associée à un système d’imputabilité publique.
  6. L’arrêt de l’octroi de subventions énergétiques aux grosses entreprises.
  7. Un système de subventions et de primes gouvernementales afin de soutenir le développement d’énergies renouvelables de moyenne envergure.
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