Publié par : rosemary | 22 Oct 2009

Vers la ligne d’arrivée

Steve Leckman, membre d'Alliance Romaine et marathonien pour la 2e fois, cours à travers la rivière Sheldrake

Steve Leckman, membre d'Alliance Romaine et marathonien pour la 2e fois, cours à travers la rivière Sheldrake

Lorsque nous avons débuté  notre marathon début septembre, il était encore important de s’inquiéter des potentiels coups de chaleur et nous pouvions, et nous avons, sauté  dans un lac afin de nous rafraîchir après une dure journée de course. L’autre jour, alors que je brisais le gel bloquant la fermeture éclair de ma tente afin de pouvoir me lever ce matin là, j’ai réalisé le nombre de kilomètres que nous avions couru et depuis combien de temps nous courrions. Un sentiment poignant accompagne toujours l’approche de la fin. Alors que notre trek débutait sa dernière semaine, nous avons fait face à un nouveau panel de défis, mais avons également obtenu de nouvelles récompenses.

En prenant le ferry du Relais Nordik entre Rimouski et Sept-Îles, je me souviens du trac que j’ai ressenti. J’étais convaincu que Sept-Îles, tout comme la plupart de la Côte Nord, était une communauté de cols bleus à 99% vendue au projet de la Romaine et en désirait davantage. Quel sorte d’impact, ou plus précisément de réception, aurions-nous là-bas? Pour sûr, le personnel cosmopolite et extraverti de l’auberge de jeunesse de Sept-Îles était favorable à notre message mais j’ai pris cela comme une exception. Cependant, au cours des quelques jours qui ont suivi, passés à parler aux médias, à rencontrer les candidats à la prochaine élection municipale et à accepter des lifts des locaux, j’ai réalisé que les opinions ici, tout comme ailleurs, étaient beaucoup plus nuancées.

Sans aucun doute, de nombreux résidents de la Côte Nord soutiennent le projet de la Romaine, mais maintenant que le site de construction est vraiment ouvert, il y a aussi la réalisation que les barrages ne représentent pas le remède économique qui avait été promis. Dans le village du Havre-Saint-Pierre, situé à vingt kilomètres de l’estuaire de la Romaine, de jeunes hommes ont abandonné l’industrie de la pêche pour aller travailler pour Hydro-Québec. Avec un afflux de travailleurs venant de l’extérieur de la communauté, le prix des loyers a atteint des sommets et la ville vit désormais les conséquences d’une sorte de syndrome hollandais, un boom rapide et asymétrique dont les retombées ne sont pas égales pour tous les secteurs de l’économie et qui pourrait, en fait, laisser Havre-Saint-Pierre plus dépourvu qu’auparavant une fois la construction du site de la Romaine terminée. De même, nombre de contrats d’approvisionnement qui étaient espérés n’ont pas été attribués aux compagnies de la Côte Nord, ce qui signifie de moindres retombées en termes de travails dans la région et que de nombreux locaux bénéficient moins du méga projet que ce qu’ils avaient espéré.

Comme groupe environnemental, Alliance Romaine a toujours argumenté que nos écosystèmes, incluant nos rivières, constituent un capital naturel et que plus de richesse pourrait découler, à long terme, de la préservation de nos rivières que de leur destruction. L’industrie de la pêche, qui est maintenant menacée, fut à une époque la raison d’être de communautés telles que Havre-Saint-Pierre, Rivière-au-Tonnerre et bien d’autres, et l’on peut être sûr que si plus de rivières sont harnachées la réserve d’oxygène et de nutriments du Golfe du Saint-Laurent se dégradera et que les chances pour les résidents de la Côte Nord de pouvoir vivre de la pêche de façon viable déclineront encore plus.

Cependant, même en laissant de côté l’économie, il existe une raison existentielle expliquant pourquoi de nombreux locaux sont réceptifs à notre message. Dans une ère où l’on peut décider dans quelle partie du monde vivre, un nombre significatif de résidents de la Côte Nord ont choisi de venir ici, ou, s’ils sont nés ici, de rester ou de revenir parce qu’ils aiment les paysages marins et les escarpements, les forêts et, oui, les rivières, qui donnent à cette région remarquable sont cachet. Chacune de ces personnes a sa propre histoire. Je pense à Michelle Depeyre, qui est née à Sept-Îles et qui a passé plusieurs années à Montréal avant de vivre une épiphanie alors qu’elle campait avec sa sœur et a ainsi décidé de vivre sa vie dans un petit village de la Côte Nord. Michelle est maintenant l’auteure d’un magnifique guide qui catalogue les principales cascades du Québec. Je pense au chasseur à l’orignal et à sa femme qui se sont arrêtés pour nous féliciter sur la route et au personnel de l’auberge de jeunesse de Sept-Îles qui nous a offert une nuit gratuite afin de soutenir notre cause.

Ayant traversé  la plupart de la province, nous pouvons honnêtement dire que l’accueil le plus chaleureux – que l’on a ressenti comme une sorte de retour au pays – nous a été réservé ici, sur la Côte Nord.

Des gens nous ont demandé  ce que nous ferions lorsque le marathon serait fini. Nous n’en sommes pas encore certains, mais ce que nous savons c’est que nous avons l’intention de revenir et de travailler – pour les dix prochaines années si nécessaire – avec les gens qui aiment et qui vivent dans cette région spectaculaire. La Romaine, la Moisie, la Magpie et la Sheldrake – sont des rivières pour lesquelles il vaut la peine de se battre – notre inspiration pour investir dans le long terme à compter d’aujourd’hui et pour finir par faire partie du paysage et des rives de la Côte Nord.

Pour l’équipe du marathon,

Chris, proche de Sept-Îles.

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