Publié par : rosemary | 17 Oct 2009

Un conte de deux rivières (la Romaine et la Rivière Trois-Pistoles)

Coureuse et sympathisante passionnée d'Alliance Romaine, Clémentine Sallée, entre dans Trois-Pistoles

Coureuse et sympathisante passionnée d'Alliance Romaine, Clémentine Sallée, entre dans Trois-Pistoles

(Le 15 octobre) L’une des questions à laquelle nous, marathoniens, faisons régulièrement face – à la radio, dans des conversations privées et dans des réunions à la mairie – est : « Pensez-vous que vous pouvez gagner? ». « En admettant », nous disent-ils, « que vos arguments soient valides, le fait demeure que la Romaine est un projet de 8 milliards de dollars, que des travaux préliminaires ont déjà débuté, que des contrats de fourniture ont déjà été signés – pensez-vous vraiment que le gouvernement provincial et Hydro-Québec vont tout simplement jeter l’éponge? » Et chaque fois que nous tentons de répondre à cette question – légitime – nous nous retrouvons invariablement à mentionner l’exemple de Trois-Pistoles.

Située sur la Côte Sud du Saint-Laurent, entre Rivière-du-Loup et Rimouski, Trois-Pistoles est bien connue des québécois comme le site d’Écho-Fête, un rendez-vous environnemental et une foire de produits biologiques annuels qui se tiennent en juillet. Mais ce dont moins de gens sont conscients est le fait qu’Écho-Fête est née du dur labeur d’un groupe d’activistes locaux qui, à l’origine, s’est regroupé pour sauver la Rivière Trois-Pistoles, aux abords de la ville.

En 2002, le gouvernement du Parti Québécois a promu une politique publique de microcentrales hydro-électriques. Des entrepreneurs privés ont été encouragés à construire des barrages sur des petites rivières et à vendre l’énergie à Hydro-Québec; ce qui faisait partie d’une stratégie constituant le premier pas vers une privatisation graduelle et tactique de ce service public. Un entrepreneur basé à Montréal du nom de Jean-Marc Carpentier a alors signé un contrat pour produire 3.5 mégawatts de puissance sur la Rivière Trois-Pistoles. En terme de capacité génératrice ce n’étaient que des cacahuètes (en comparaison des 1 550 mégawatts qu’Hydro-Québec espèrent actuellement produire grâce aux quatre barrages sur la Romaine), mais cela était escompté servir de précédent idéologique au Parti Québécois, qui, tout comme les Libéraux qui leur ont succédé, voulaient à tous prix renverser les choix progressistes que le Québec avaient fait en 1962 lorsqu’il avait décidé de nationaliser la production et la distribution de l’électricité.

Mais, parce que Trois-Pistoles est une ville enracinée dans ses 300 ans d’histoire, et parce que les locaux demeurent attachés à leur rivière, avec ses cascades spectaculaires, l’opposition au projet de barrage s’avéra forte. Une coalition d’artistes et d’activistes connue sous le nom des « Amis de la rivière » ont tenu des manifestations et ont révélé des informations financières compromettantes liées au projet. En octobre 2002, Mikael Rioux, exploitant d’une entreprise touristique et activiste local, a grimpé dans un tablier de tente suspendu par un système de poulies au-dessus des cascades afin de bloquer les bulldozers qui commençaient déjà à dégager le site de construction. Pendant quarante jours Mikael est resté sur la plateforme, supportant la pluie, la grêle et la neige, galvanisant l’intérêt public et contribuant à une vague de pression qui força le gouvernement du Parti Québécois à déclarer un moratoire sur l’hydro-électricité privée.

Est-ce que le modèle de Trois-Pistoles pourrait, avec sa recette de soutien local, constituer une stratégie médiatique, une tactique imaginative, voire même une désobéissance civile fructueuse qui pourraient être appliquées afin de sauver les rivières de la Côte Nord telles que la Magpie, la Petite Mécatina ou la Romaine?

Dimanche dernier, nous sommes arrivés dans la ville de Trois-Pistoles en entretenant de grands espoirs, notre message étant porté par Clémentine, collaboratrice de l’Alliance Romaine et avocate activiste, qui a effectué son demi marathon, soit une distance de vingt-et-un kilomètres, en un impressionnant deux heures et trois minutes. Cet après-midi là, nous avons tenu un échange animé avec un groupe d’activistes et de citoyens intéressés dans le Café « Grains de folie ». Il en est ressorti que depuis sept ans, bien que la Rivière Trois-Pistoles ne soit pas encore harnachée, cette dernière est constamment menacée. Récemment, le gouvernement libéral de Jean Chrétien a adopté le programme de déréglementation du Parti Québécois, encourageant, non les promoteurs de projets privés, mais cette fois-ci, les municipalités à investir dans les microcentrales hydro-électriques. Cet automne, la municipalité régionale de comté à laquelle Trois-Pistole appartient va tenir des débats publics dans l’intention de relancer le projet de développement sur la Rivière Trois-Pistoles là où Jean-Marc Carpentier l’avait abandonné en 2002.

Plusieurs des activistes présents ont parlé de la fatigue qu’ils ressentent en devant opposer le même projet, sous différents angles, année après année, en travaillant tout le temps comme volontaire alors que les consultants municipaux et privés ont des budgets de relations publiques très importants en réserve. Ils ont mentionné le stress qu’occasionne le fait de vivre dans une communauté divisée, avec une partie de la population soutenant de façon enthousiaste un projet qu’ils perçoivent comme une forme de salut économique. Néanmoins, il était encourageant de ressentir la vibration et de remarquer la composition diverse en terme d’âge, de genre et d’expérience de l’assistance présente. Dans les mots de Mikael Rioux, l’idée derrière Écho-Fête était de proposer des projets, non simplement de les rejeter, et de montrer qu’il y existe des options viables pour promouvoir le développement économique régional autre que le harnachement des rivières.

Si la croissance et la popularité d’Écho-Fête au cours des sept dernières années en sont une indication, ces alternatives sont les garants du succès. Écho-Fête est maintenant une entreprise d’envergure, générant des revenus directs et attirant les dollars bienvenus des touristes à Trois-Pistoles.

Depuis 2002, Trois-Pistoles a gagné sa place sur la carte des communautés vertes et a inspiré  les québécois en donnant exemple d’une mobilisation citoyenne couronnée de succès. Mais il semble que face à l’idéologie hostile de la ville de Québec, la protection de nos rivières et de nos espèces sauvages vient au prix d’une vigilance constante.

C’est un message qui fait réfléchir mais c’est en même temps  un message galvanisant, que nous emporterons avec nous alors que nous nous aventurons plus à l’est.

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